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  • Coopération Maroc-UE : en matière de lutte contre le Terrorisme

    Les relations entre le Maroc et l’Union européenne en matière de sécurité et de coopération anti-terroriste, régies depuis 2000 par l’Accord d’Association, se sont progressivement développées notamment dans le cadre de la Politique Européenne de Voisinage (2004) et l’Accord sur le Statut Avancé (2008). Le Plan d’Action pour le Statut avancé (PASA), entrée en vigueur en janvier 2013 qui constitue la feuille de route de la coopération entre le Maroc et l’UE pour les cinq prochaines années, a ouvert de nouvelles perspectives qui permettront, à termes, d’élargir la coopération entre les deux parties en matière de justice et de sécurité et de jeter les bases d’une coopération opérationnelle et stratégique en matière de lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

    • Le dialogue bilatéral et les consultations politiques en la matière entre les deux parties sont conduits dans le cadre du Dialogue Politique Renforcé, le Dialogue Stratégique Informel et le COPS et l’évaluation de la coopération dans ce domaine est menée dans le cadre du Sous-comité « Justice et Sécurité » instauré entre les deux parties afin de définir les contours et les paramètres de cette coopération et d’identifier les actions de coopérations en la matière.
    • Rappeler que la lutte anti-terroriste demeure l’une des priorités du Maroc notamment dans le cadre de sa stratégie globale qui s’articule autour de quatre volets (juridique, religieux, social et de sécurité).
    • Le Maroc a été le premier pays à avoir instauré avec l’UE un dialogue politique renforcé et une concertation régulière avec le COPS et avoir initié une coopération renforcée dans le cadre du CORTER qui peut constituer une plateforme de coopération stratégique pour la lutte contre le terrorisme et la radicalisation.

    Ainsi à la lumière du PASA, les deux parties se sont fixées les quelques priorités suivantes :

    1. Renforcer la coopération UE-Maroc dans la prévention et la lutte contre le terrorisme, notamment par la mise en œuvre des initiatives identifiées dans le présent plan d’action et qui seront développées au sein des sous-comités concernés ;
    1. Développer la coopération UE-Maroc sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, y compris à travers la mise en œuvre des résolutions UNSC 1267/99 et 1373/01 et à travers la ratification et la mise en œuvre de toutes les conventions et protocoles internationaux appropriés relatifs au terrorisme.
    1. Echange de vues, d’informations et d’expérience en matière de lutte contre le terrorisme en vue d’améliorer les capacités de lutte contre ce fléau ;
    1. Mise en œuvre de la législation sur la lutte contre le financement du terrorisme et Renforcer la coopération dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme ;
    1. Poursuite de la coopération dans le cadre du COTER.
    1. Poursuite des consultations politiques en la matière dans le cadre des mécanismes de dialogue entre les deux parties (DPR, DSI,…)
    2. Garantir le respect des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme ;
    1. Développer la coopération entre les services compétents dans la lutte contre le terrorisme ;
    2. Développer la coopération judiciaire en matière de lutte contre le terrorisme ;
    1. Poursuivre le développement de la coopération entre les autorités judiciaires et de police du Maroc et des États membres ;

    Dans la prévention et la lutte contre le terrorisme, le Maroc est très engagé, en particulier depuis les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 qui ont accéléré l’adoption d’une loi spécifique contre le terrorisme.

    Cette loi retient une définition très large du terrorisme, fait du terrorisme un délit spécifique, prévoit des procédures particulières pour les crimes terroristes et des dispositions très sévères et elle tient compte de la dimension internationale.

    Le Maroc a également signé en 1999 la Convention internationale pour la répression du financement du terrorisme.

    La coopération UE-Maroc a également été renforcée, notamment à travers la mise en œuvre des résolutions UNSC 1267/99 et 1373/01 et à travers la ratification de toutes les conventions et protocoles internationaux appropriés y relatifs.

    La législation sur la lutte contre le trafic/traite des êtres humains a été renforcée et l’échange d’information sur les questions de migration illégale activé, notamment dans le cadre de la Direction de la Migration et de la Surveillance des Frontières et du Groupe de travail « Migrations et Affaires Sociales », et ce en synergie avec le projet EUROMED de recherche et observation du phénomène migratoire.

    La coopération en matière de non-prolifération des armes de destruction massive et de prévention du trafic illégal de matériaux susceptibles d’intervenir dans la fabrication d’armes de destruction massive a été renforcée, notamment par la mise en œuvre de la résolution 1540/04 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

    A cet égard, le Maroc a signé le Traité de Non-prolifération et la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction.

    Enfin, en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, une Commission interministérielle a été mise en place, en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la drogue. Le Maroc a également ratifié plusieurs Conventions internationales y relatives et a renforcé le rôle de la Commission Nationale des Stupéfiants et de l’Unité de Coordination de la Lutte

    Echange d’informations sur la législation, les pratiques, les typologies européennes et les instruments internationaux (notamment les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI) en matière de prévention et lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

    Poursuite du développement du cadre législatif et réglementaire en matière de prévention et lutte contre le blanchiment d’argent et de financement du terrorisme conformément aux principes des recommandations du GAFI.

    Renforcement du dispositif national de prévention et de lutte anti-blanchiment et contre le financement du terrorisme.

    Renforcement de l’échange d’informations entre les systèmes européens de cellules du renseignement financier («Financial Intelligence Unit (FIU)») et le système marocain, notamment dans le cadre du Groupe d’Egmont.

    Elaboration d’un programme de formation pour les magistrats, les procureurs, les forces de police et toute autre administration concernée en la matière.

    Renforcement des capacités et consolidation du rôle préventif de la FIU marocaine.

    Poursuite des campagnes de sensibilisation au profit des personnes assujetties.

    Elaboration des procédures de contrôle et de supervision des personnes assujetties.

    Concertation accrue dans les enceintes multilatérales

    Approfondir la coopération en matière de non-prolifération d’armes de destruction massive et de contrôle d’exportations des armes et biens à double usage

    Position du Maroc

    • La lutte anti-terroriste demeure l’une des priorités nationales du Maroc notamment dans le cadre de sa stratégie globale qui s’articule autour de quatre volets (juridique, religieux, social et de sécurité).
    • Le Maroc se dresse comme la dernière barrière à l’ensemble des menaces (terrorisme, trafic de drogue, d’être humains, etc.) à l’Europe. C’est dans cet esprit que le Maroc plaide pour l’adoption d’une  approche multiforme et intégrée, alliant la lutte contre la radicalisation violente, la mise en œuvre de politiques de développement  économique, social et humain, et une mutualisation des moyens et instruments de lutte contre les diverses formes de menaces. 
    • Le Maroc est particulièrement préoccupé par la précarité de la situation dans la région sahélo-saharienne, compte tenu de l’absence de contrôle d’une large partie de ce territoire par les pays de la région. Cette zone perméable a donné lieu à une jonction entre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et la traite des êtres humains.
    • Une autre zone perméable serait le Détroit de Gibraltar.
    • Déplorer la posture de l’Algérie qui isole le rôle du Maroc dans les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme. Le Maroc reste la dernière barrière à l’ensemble des menaces (terrorisme, trafic de drogue, d’être humains, etc.) à l’Europe. Réitérer l’importance d’une approche fondée sur la responsabilité partagée régionale.
    • Le caractère transnational des menaces qui pèsent sur la région, impose la mise en place de coopérations renforcées aux niveaux bilatéraux, sous- régional, régional, et international, en s’appuyant sur des actions structurelles et des synergies solidaires.
    • L’importance pour l’UE notamment des Etats membres d’œuvrer de concert avec le Maroc dans le cadre d’une coopération stratégique et opérationnelle pour relever les défis de la région et ce selon le format qui conviendrait au Maroc.
    • La nécessité pour l’UE à soutenir le Maroc dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie de lutte contre le terrorisme et contre la radicalisation et souhaite dans ce sens examiner avec la partie marocaine, les possibilités de coopération bilatérale dans ce domaine notamment par l’échange d’information.
    • L’importance du rôle du Maroc pour diffuser un islam modéré dans la région.
    • Le Maroc estime que ces défis mettent en évidence la nécessité d’une coopération régionale accrue et d’une approche intégrée dans les domaines de la sécurité et du développement comme stipulé, d’ailleurs dans la stratégie de l’UE pour le Sahel adopté en mars 2011.
    1. Le Maroc a été le premier pays à avoir instauré avec l’UE un dialogue politique renforcé et une concertation régulière avec le COPS et avoir initié une coopération renforcée dans le cadre du CORTER qui peut constituer une plateforme de coopération stratégique pour la lutte contre le terrorisme et la radicalisation.
    • La disposition de l’UE à soutenir le Maroc dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie de lutte contre le terrorisme et contre la radicalisation et souhaite dans ce sens examiner avec la partie marocaine, les possibilités de coopération bilatérale dans ce domaine notamment par l’échange d’information.
    • L’importance pour l’UE de compléter et pas concurrencer les coopérations existantes entre le Maroc et les Etats membres de l’UE et souhaite, dans ce cadre, formaliser une coopération avec le Maroc concernant le Sahel.

    La position de principe du Maroc concernant le terrorisme international est ferme et sans ambiguïté. Le Maroc condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes du terrorisme, quelles qu’en soient les origines, les formes et les motivations, et est déterminé à lutter résolument contre toutes les mouvances terroristes qui exploitent la religion à des fins politiques.

     
    Le Maroc qui souscrit intégralement à toutes les résolutions du Conseil de Sécurité visant à faire échec au terrorisme, s’emploie par tous les moyens dont il dispose, tant sur le plan national, régional, qu’international à lutter contre ce fléau international et à empêcher que des actes terroristes soient préparés, financés ou perpétrés à partir de son territoire.


    Mesurant à sa juste valeur l’ampleur du combat contre le terrorisme international, le Maroc poursuit une stratégie globale, intégrée et proactive, visant à assécher les terreaux du fanatisme et à extraire les racines de ce phénomène.


    Ainsi, l’objectif principal de la stratégie du Maroc de lutte contre le terrorisme est de renforcer le tissu social national et de le prémunir contre toutes les formes de radicalisme et de fanatisme hermétique à la modernité. A cet égard, le Maroc a adopté une démarche globale, proactive et multidimensionnelle sur le plan politique, institutionnel, économique, social, culturel, éducatif, religieux et médiatique, visant la lutte contre l’extrémisme, la pauvreté, l’exclusion, la précarité et l’analphabétisme par le développement humain et le renforcement de l’Etat de droit. 


    En effet, le dispositif national de lutte contre le terrorisme, qui s’appuie sur une importante législation antérieure à 2001, a été adapté, renforcé et enrichi par la loi antiterrorisme de 2003.


    En effet, le dispositif marocain de répression des infractions liées au terrorisme comprend, outre les règles du droit marocain (Code Pénal, Code de Procédure Pénale, Code des Libertés Publiques, Droit des Affaires, … etc.), des législations spécifiques qui renferment, dans certains cas, des dispositions dérogatoires au droit commun, essentiellement dans le but de renforcer les peines encourues pour les infractions liées à une entreprise terroriste et mettre en place des procédures spéciales destinées à faciliter la tâche des autorités judiciaires en matière d’enquête, d’instruction ou d’exécution des décisions de justice. Ceci, dans le cadre du respect total des droits de la défense et de la consolidation des garanties nécessaires au regard des Droits de l’Homme.

    Par ailleurs, conscient de l’importance du contrôle des frontières et de la nécessité de lutter contre le phénomène de l’immigration clandestine comme soutien supplémentaire à la lutte globale contre le terrorisme, le Maroc s’est doté d’une loi relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Maroc, et l’immigration irrégulière.

  • Maroc : La DGED verse 20 millions de centimes pour un article futil

    Il s’agit d’un article paru dans le Magazine New Yorkais des Affaires « FORBES ». Son auteur Richard Miniter, est un blogueur présenté par Ahmed Charaï comme « Grand journaliste d’investigation » en vue de gonfler son importance. « C’est l’un des meilleurs article écrit sur SM Le Roi depuis 10 ans, en plus par un Grand journaliste d’investigation comme Richard Miniter!). A mon avis, l’impact aux USA sera certainement fort, au Maroc, on doit le relayer au maximum. Je propose de le traduire, dès sa publication, et de le publier dans Al Ahdate, l’Economiste, sans oublier la presse électronique”, dit-il.

    Suite à la rédaction de cet article, Miniter a demandé à Charaï le prix. « N’oublie pas mon cadeau (20.000 dollars) que tu m’as promis », dit-il dans un email daté du 24 avril 2012. « Je suppose que tu as mon numéro de compte bancaire, a-t-il ajouté.

    Dans un autre mail envoyé le 3 mai 2012, Miniter rappelle qu’il attend toujours son cadeau et fait la publicité à son article. « J’ai reçu de nombreux appels de plusieurs membres du personnel du député à propos de l’article. J’espère que votre roi était très heureux et qu’un jour il me donnera une distinction », a-t-il dit.

    Ce n’était pas le premier article de Miniter en faveur du Maroc

    La relation entre le journaliste américain et le Maroc ne remonte pas seulement à son article d’avril 2012, bien au contraire. Elle date de novembre 2010, lorsqu’il a publié un article dans le New York Post sur les liens supposés entre le Polisario et Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il y affirmait que les camps de Tindouf étaient « en passe de devenir le prochain Afghanistan ». Il faisait partie des premiers journalistes américains à relayer ces accusations infondées. L’Agence marocaine de presse (MAP) avait ensuite traduit et diffusé l’article à ses abonnés.

    Depuis lors, les productions de Miniter en faveur du Maroc sont devenues régulières. En août 2012, il a critiqué ce qu’il a qualifié d’attaques continues de Kerry Kennedy contre le royaume. Plus récemment encore, à l’occasion de la tournée royale dans plusieurs pays africains en mars 2014, il a déclaré sur Forbes que l’initiative royale constituait « une vision d’espoir pour la liberté d’entreprendre et le changement en Afrique ».

    Cependant, Miniter n’est pas employé par le célèbre magazine américain. Il y tient simplement un blog. Forbes précise d’ailleurs — comme elle le fait pour les autres blogueurs qu’elle héberge — que les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles du magazine.

    Selon les critères des techniques du renseignement international, ce que font aujourd’hui les hommes de Yassine Mansouri ne dépasse pas des méthodes primitives dans ce domaine, que ce soit en termes de logistique utilisée ou de méthodes de recrutement et de cooptation, ce qui conduit à dépenser des sommes colossales pour des résultats dérisoires.

    Lire aussi :

    Sahara Occidental : Une visite à Tindouf pour éloigner les soupçons (Maroc Leaks)

    Maroc Leaks : Note sur l’élection présidentielle en Algérie (avril 2014)

    Maroc Leaks : L’UE découvre des irrégularités dans les subventions destinées au Maroc

    #Maroc #États_Unis #Mohammed_VI #Richard_Miniter #Ahmed_Charaï #Article_sur_forbes #Lobbying #Algérie #Polisario #SaharaOccidental

  • L’annexion du Sahara occidental sous la pression de Trump constitue un précédent dangereux

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, Etats-Unis, Donald Trump, Résolution 2797 (2025),

    Le Conseil de l’irresponsabilité. Pourquoi la reconnaissance par le Conseil de sécurité de l’ONU de l’annexion du Sahara occidental sous la pression de Trump constitue un précédent dangereux
    Karina Olikova

    Sous la pression de l’administration américaine, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est clairement rangé du côté du Maroc dans son conflit avec les habitants du Sahara occidental, annexé par les Marocains il y a plusieurs décennies. Dictée, semble-t-il, par le désir de Donald Trump d’inscrire le plus rapidement possible un nouveau conflit « résolu » à son actif, la décision du Conseil de sécurité réduit à néant des décennies de recherche d’un compromis sur cette question extrêmement complexe. En outre, elle crée un précédent dangereux de légitimation des annexions par l’intermédiaire de ce qui demeure le principal organe de la coopération internationale.

    Le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, le Groupe de travail sur les droits de l’homme au Sahara occidental a publié une lettre ouverte adressée en premier lieu aux États membres de l’ONU. Il y est affirmé que des milliers de Sahraouis, représentants du peuple autochtone du Sahara, sont victimes de violences systématiques de la part des autorités marocaines. Leurs terres ont été annexées par la monarchie voisine il y a un demi-siècle, ils ne disposent d’aucun moyen de défendre leurs droits, et la communauté internationale, dans l’ensemble, a fermé les yeux sur leur sort.

    Le Groupe de travail sur les droits de l’homme au Sahara occidental est composé de représentants sahraouis. Dans leur lettre, ils attirent séparément l’attention sur le rôle négatif de Donald Trump et soulignent que la décision prise par celui-ci dès 2020 de soutenir les revendications marocaines sur la souveraineté du Sahara occidental a aggravé la situation de la population autochtone et encouragé les autorités marocaines, notamment, à commettre de nouveaux crimes contre les populations indigènes.

    Cependant, la lettre ne mentionne pas le fait qu’à la toute fin du mois d’octobre de cette année, la position de Trump a été soutenue par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, qui a adopté une résolution reconnaissant au Maroc des droits sur le Sahara occidental. Dans ses points essentiels, le document reprend le plan de règlement pacifique du conflit avec les Sahraouis adopté par les autorités marocaines. Le plan et la résolution prévoient l’octroi d’une autonomie formelle à la région. Les autorités centrales conservent toutefois toutes les décisions relatives à la politique de défense, à la gestion des ressources naturelles et aux questions de sécurité.

    Pendant des décennies, l’ONU a reporté la résolution de la question de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en s’efforçant de se distancier à la fois des Sahraouis qui réclamaient l’indépendance et du monarque marocain, qui a obtenu le contrôle de cet immense territoire sur des bases, pour le moins, contestables.

    L’héritage du colonialisme

    Depuis la fin du XIXᵉ siècle, le Sahara occidental était une colonie espagnole. Dans les années 1950, Madrid l’a intégré à l’État en tant que province. L’époque était déjà celle de la décolonisation, et l’ONU exerçait une pression constante sur l’Espagne, exigeant qu’elle mette fin à son passé impérialiste et quitte le Sahara. À cette pression se sont joints la Mauritanie et le Maroc, voisins du Sahara espagnol, chacun de ces États envisageant d’intégrer la région à son propre territoire.

    La question de l’appartenance de la région a même été soumise, à l’initiative de la direction de l’ONU, à la Cour internationale de justice. En octobre 1975, la Cour a rendu un avis reconnaissant l’existence de liens culturels, ethniques et économiques étroits entre le Sahara occidental et le Maroc, tout en accordant à la population de la région le droit de décider elle-même de son avenir par référendum. Celui-ci devait toutefois être reporté « jusqu’à ce que l’Assemblée générale des Nations unies prenne une décision sur la politique à mener pour accélérer le processus de décolonisation », quelle que soit la signification exacte de cette formule.

    Quelques semaines seulement après la publication de l’avis de la Cour internationale de justice, le roi du Maroc Hassan II a appelé ses sujets à marcher pacifiquement vers le Sahara afin de « mettre fin à l’impérialisme espagnol », sans attendre les décisions de l’Assemblée générale. Pour le monarque, l’extension de sa souveraineté au Sahara occidental ne constituait pas une annexion, mais la restauration de l’intégrité territoriale du pays, violée par les conquérants européens plus d’un siècle auparavant.

    Le 6 novembre 1975, 350 000 Marocains, parmi lesquels de nombreuses femmes et enfants, ont franchi la frontière du Sahara occidental et pénétré de plusieurs kilomètres à l’intérieur de son territoire. Ils portaient des drapeaux nationaux et des portraits du roi et scandaient des slogans exigeant de « rendre le Sahara aux Marocains ».

    Une annexion éclair

    Le moment choisi pour cette annexion pacifique était idéal : le caudillo espagnol Francisco Franco, au pouvoir depuis 36 ans, était gravement malade, et les élites politiques se déchiraient pour sa succession. Personne n’avait l’intention de se lancer sérieusement dans un conflit pour un désert sur un continent voisin. Malgré un avantage écrasant en effectifs et en matériel, les Espagnols ont cédé sans combat le Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie, cette dernière recevant la partie sud de la région. Les intérêts de la population locale n’ont pas été pris en compte lors du transfert du Sahara occidental. Pourtant, les accords de Madrid qui régissaient ce transfert prévoyaient l’obligation de tenir compte de l’avis des habitants autochtones de la région, exprimé par leurs représentants au sein de l’assemblée populaire locale — la Djemaa.

    Une partie de la population locale menait déjà depuis plusieurs années, au moment de la signature des accords de Madrid, une guerre de guérilla de faible intensité contre les Espagnols pour l’indépendance des terres habitées par les Sahraouis. Le plus important des groupes de guérilla était le Front Polisario, qui attaquait des garnisons espagnoles isolées et s’emparait d’armes dans des dépôts militaires et policiers. Peu nombreux — quelques centaines de combattants seulement au moment du départ des Espagnols — les groupes armés de la guérilla bénéficiaient du soutien de l’Algérie voisine, qui revendiquait également une partie du territoire du Sahara occidental. Ignorée par les accords de Madrid, l’Algérie a alors renoncé à la diplomatie au profit de la violence, fût-elle exercée par procuration.

    Les combattants du Front ont tenté de s’emparer des localités méridionales abandonnées par les Espagnols, mais ont été vaincus en quelques jours par l’armée mauritanienne. Ce n’était que le début d’un chaos monstrueux et souvent sanglant dans lequel le Sahara occidental allait sombrer pendant de nombreuses années. Des rapports des services de renseignement américains de la fin des années 1970 indiquent que la situation dans la région a attiré l’attention et l’ingérence non seulement des États et acteurs non étatiques déjà mentionnés, mais aussi d’autres pays, dont la Libye, le Bénin, l’URSS et même la Corée du Nord. Le Sahara occidental est ainsi devenu l’un des fronts les plus acharnés de la guerre froide, même s’il n’était pas le plus médiatisé.

    La guerre froide dans le Sahara

    Le Maroc bénéficiait d’une aide financière, militaire et diplomatique des États-Unis et de l’Europe occidentale (en premier lieu de la France), tandis que le Front Polisario était soutenu par le bloc socialiste. Avant l’effondrement de l’URSS, le Front a même rejoint l’Internationale socialiste, dont il demeure aujourd’hui membre consultatif. Mais sa principale réussite a été la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qui revendique l’ensemble des 266 000 km² du Sahara occidental.

    Pour justifier sa légitimité, la direction de la RASD s’est appuyée sur le fait que la proclamation de l’indépendance du nouvel État avait été soutenue par la majorité des députés du parlement local, convoqué encore sous la domination espagnole. Or, comme mentionné plus haut, les accords de Madrid obligeaient les parties à respecter la position des parlementaires sahraouis. Du point de vue du gouvernement de la RASD, la nouvelle république était la successeure légale de l’administration espagnole (elle a d’ailleurs été proclamée le lendemain de la fin formelle de la souveraineté de Madrid sur le Sahara occidental), tandis que le Maroc et la Mauritanie étaient des États occupants ayant envahi illégalement un territoire étranger et y imposant leurs règles par la force.

    La RASD est une république partiellement reconnue assez atypique, très différente de ses « homologues » de même statut. Elle n’est contrôlée par aucune puissance occupante, contrairement à la plupart des autres républiques partiellement reconnues, depuis les entités satellites russes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud jusqu’à Chypre du Nord, créée et maintenue par la force des baïonnettes turques.

    La République arabe sahraouie démocratique est une entité pleinement autonome, reconnue non pas par la Russie et quelques États insulaires avides de crédits bon marché, mais par près de cinquante pays très divers, dont l’Afrique du Sud, le Pérou et le Mexique. S’il existe une comparaison pertinente, elle se situe plutôt du côté du Timor oriental que d’une Abkhazie ou d’une Transnistrie hypothétique.

    Cela étant, la RASD n’a jamais contrôlé l’ensemble du territoire du Sahara occidental, ni même sa plus grande partie. La république partiellement reconnue conserve le contrôle de quelques zones du sud-est de la région, dont la majorité avaient été occupées par l’armée mauritanienne après 1975. Pour cette dernière, l’occupation d’une partie du Sahara occidental s’est révélée être un fardeau insupportable. Les guérilleros sahraouis harcelaient sans relâche les convois et les garnisons mauritaniens, les attaquant par surprise avant de se replier aussitôt dans le désert, qu’ils connaissaient parfaitement.

    L’armée mauritanienne, très peu nombreuse — quelques milliers d’hommes seulement — subissait des pertes qu’elle ne pouvait se permettre. La guerre contre les Sahraouis risquait de conduire littéralement à la destruction des forces armées d’un pays entier. Même l’intervention de l’aviation française n’y changea rien. Reconnaissant l’impossibilité de poursuivre les combats, la Mauritanie renonça en 1979 à toute revendication sur le Sahara occidental et se retira des zones qu’elle occupait jusque-là, certaines étant immédiatement prises par l’armée marocaine, d’autres par le Front Polisario.

    Sous la monarchie marocaine

    Les Marocains, bien qu’ils disposent d’une armée incomparablement plus performante que celle de la Mauritanie, subissaient eux aussi des pertes dans la guerre de guérilla qu’ils auraient préféré éviter. C’est pourquoi, dans les années 1980, Rabat est progressivement passé de la position « aucune concession aux séparatistes, cette terre est historiquement la nôtre » à « essayons malgré tout de négocier ». D’autant plus que l’arbitre international principal — l’ONU — insistait, depuis l’époque de la domination espagnole, sur le droit des Sahraouis à l’autodétermination par référendum.

    C’est en grande partie la position de l’ONU, qui refusait de reconnaître l’annexion du Sahara occidental sans un consentement clair de la population locale, confirmé par un vote, qui a légitimé la RASD. La république partiellement reconnue a même été admise au sein de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue par la suite l’Union africaine.

    En 1988, l’OUA et l’ONU ont adopté une résolution appelant à l’organisation d’un référendum parmi la population du Sahara occidental, afin que les habitants puissent décider eux-mêmes de leur avenir. Quelques années plus tard, une mission entière de l’ONU a été créée pour organiser et superviser ce référendum. Sa mise en place a constitué l’étape principale menant au cessez-le-feu officiellement en vigueur depuis 1991. Cependant, dès ses premiers jours, la mission s’est heurtée à des difficultés manifestement insurmontables.

    Le point crucial était le suivant : Rabat s’opposait catégoriquement à toute mention de l’indépendance du Sahara occidental sur le bulletin de vote et n’était prêt à soumettre au plébiscite que différentes options d’autonomie régionale. Les Sahraouis, quant à eux, exigeaient que la question de l’indépendance totale soit précisément celle posée lors du référendum. Ils demandaient également que seuls les habitants autochtones du Sahara occidental puissent participer au vote, tandis que les colons marocains, déjà plus nombreux que les autochtones dans les années 1990, ne devraient pas avoir le droit de voter.

    Dans le même temps, le gouvernement de la RASD se déclarait prêt à accorder sa citoyenneté aux colons et à leurs descendants. Parmi les autres points de discorde figuraient l’organisation du vote dans les camps de réfugiés sahraouis en Algérie et dans les territoires échappant au contrôle des autorités marocaines. Les parties et les médiateurs se sont enlisés dans d’interminables négociations, concertations et ajustements de positions.

    Finalement, en 2007, les autorités marocaines ont adopté ce que l’on a appelé le plan d’autonomie, visant à l’intégration la plus rapide et la plus complète possible du Sahara occidental. Il devait être approuvé d’une manière ou d’une autre par la population locale, mais sans référendum. Ou plutôt, un référendum pouvait avoir lieu, mais avec une seule question : « Approuvez-vous le plan d’autonomie proposé ? »

    Le plan se résumait à ceci : les habitants du Sahara occidental « obtiendront le droit à l’autonomie locale, sans porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc », leurs langues et leur culture seront protégées au niveau de l’État, et des organes élus du pouvoir exécutif et législatif seront créés pour gérer les affaires internes de la région. Autrement dit : des écoles nationales et des manuels scolaires, un parlement local chargé de l’aménagement paysager et de la construction de routes, des fonctionnaires sahraouis élus par les Sahraouis mais contrôlés par Rabat — et pas question de penser à l’indépendance.

    Ce plan, soutenu par une partie des États occidentaux, a été immédiatement rejeté par la RASD comme ignorant les droits des Sahraouis et légitimant l’occupation. À l’ONU, il a été qualifié de « proposition sérieuse méritant examen », mais la mission chargée de préparer le référendum n’a pas été dissoute. Plus généralement, l’Organisation a montré qu’elle considérait le plan d’autonomie comme l’une des solutions possibles, à laquelle on pourrait recourir si toutes les parties au conflit y consentaient.

    Dans le même temps, le statut du Sahara occidental demeurait extrêmement flou : officiellement, aucun pays au monde ne reconnaissait la souveraineté du Maroc sur ce territoire — à l’exception, bien sûr, du Maroc lui-même. Ce conflit est resté dans cet état de suspension jusqu’à l’arrivée de la première administration de Donald Trump. En 2020, Washington a décidé de se ranger sans ambiguïté du côté de Rabat.

    Trump, « artisan de la paix »

    « Par la présente, moi, Donald J. Trump, président des États-Unis d’Amérique, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la Constitution et les lois des États-Unis, proclame que les États-Unis reconnaissent que l’ensemble du territoire du Sahara occidental fait partie du Royaume du Maroc. En foi de quoi, j’ai apposé ma signature sur le présent document ce quatrième jour de décembre de l’an deux mille vingt de Notre Seigneur et de la deux cent quarante-cinquième année de l’indépendance des États-Unis d’Amérique », déclarait le communiqué officiel de la Maison-Blanche, rédigé dans le style trumpien inimitable.

    Il est intéressant de noter qu’à l’époque, tant les dirigeants de l’ONU que des experts reconnus en relations internationales affirmaient presque à l’unisson que la position des États-Unis n’influencerait pas l’attitude des autres pays et organisations supranationales à l’égard du conflit, et que la question de l’appartenance du Sahara occidental était trop complexe et douloureuse pour être tranchée de manière aussi catégorique. Pourtant, cinq ans plus tard, en octobre 2025, sous la pression d’un président américain manifestement soucieux de se forger une image de principal artisan de la paix sur la planète, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté — sans une seule voix contre — une résolution soutenant le plan d’autonomie marocain. Le même plan qui entérine sans ambiguïté l’appartenance du Sahara occidental au Maroc et ne mentionne à aucun moment la possibilité pour la région de devenir un État indépendant.

    Les arguments avancés en faveur du plan marocain sont les suivants : le Maroc administre depuis assez longtemps 80 % du territoire du Sahara occidental et, dans l’ensemble, gère efficacement la région ; environ deux tiers de la population du Sahara occidental (en premier lieu les colons et leurs descendants) s’identifient clairement comme Marocains et ne souhaitent pas de changement du statu quo ; enfin, le Front Polisario n’a tout simplement pas, et n’aura pas dans un avenir prévisible, de réelles chances de construire un État souverain viable sur l’ensemble du territoire qu’il revendique.

    Ce sont précisément ces arguments que le Conseil de sécurité a soutenus, malgré leur caractère, pour le moins, ambigu. Certains observateurs se sont même empressés d’affirmer qu’en soutenant cette résolution, l’ONU avait trahi sa mission décolonisatrice (l’une de ses missions fondamentales, soit dit en passant) et que le Conseil de sécurité s’était rangé du côté du plus fort, renonçant à l’arbitrage international pour lequel il avait été créé.

    En outre, on craint que les arguments utilisés par le Maroc et les États qui l’ont soutenu pour justifier l’appartenance du Sahara occidental à la monarchie nord-africaine puissent servir à légitimer des annexions dans d’autres régions. Car si le Maroc peut revendiquer des milliers de kilomètres carrés de territoire uniquement parce qu’il les administre de facto depuis de nombreuses années et que les colons déplacés depuis d’autres régions ne souhaitent pas voir leur statu quo modifié, qu’est-ce qui empêcherait Israël de légaliser ses colonies en Cisjordanie, toujours considérées comme illégales du point de vue du droit international ? La même question se pose pour les territoires syriens occupés.

    En quoi l’annexion du Sahara occidental, accompagnée d’un exode massif de la population autochtone et d’un afflux encore plus massif de colons, diffère-t-elle fondamentalement de la prise de la Crimée ukrainienne ? Là aussi, les occupants procèdent à un remplacement forcé de la population, en installant des dizaines de milliers de Russes et en créant des conditions de vie de plus en plus insupportables pour les Tatars de Crimée et les Ukrainiens. Les Émirats arabes unis pourront-ils exiger la reconnaissance de leur souveraineté sur l’île yéménite de Socotra s’ils décident d’y maintenir leur présence militaire pendant de longues années, tout en expulsant les habitants mécontents de l’invasion étrangère pour les remplacer par une population qui leur serait loyale ?

    C’est précisément la crainte de créer un précédent international extrêmement dangereux qui a empêché l’ONU, pendant cinq décennies, de prendre une décision sans équivoque sur l’appartenance du Sahara occidental. Donald Trump, mû par ses propres ambitions, est à ce point obsédé par son désir d’entrer dans l’histoire comme le meilleur président américain de tous les temps qu’il ne prête manifestement aucune attention au fait qu’en poursuivant cet objectif, il sape les fondements du droit international et fragilise des institutions supranationales déjà loin d’être pleinement efficaces.

    #SaharaOccidental #Polisario #Maroc #EtatsUnis #Trump #Résolution2797

  • Les liaisons dangereuses : La DGED et Maroc Hebdo contre un journaliste français


    Quarante-neuf ans après l’enlèvement du principal opposant au roi Hassan IIà Paris, en 1965, l’affaire Ben Barka continue d’occuper la justice française et les services de renseignement marocains. Mardi 16 décembre, le tribunal correctionnel de Paris examinait la plainte déposée par un journaliste de France 3 à l’encontre du magazine Maroc Hebdo.

    L’affaire remonte à 2007 : au lendemain d’un reportage de France 3 à propos d’un nouveau rebondissement judiciaire dans l’affaire Ben Barka, l’auteur du reportage, Joseph Tual, a fait l’objet de nombreuses attaques de la presse marocaine. Des tentatives de déstabilisation de la part du Maroc ? Une thèse validée par la publication de nouveaux documents de la part de@chris_coleman24, à l’origine du Wikileaks marocain.

    Ce mardi 16 décembre, au tribunal correctionnel de Paris, il était question d’une affaire qui remonte il y a 7 ans, en marge d’une affaire qui date… de 1965. Cette année-là, Mehdi Ben Barka, principal opposant au roi du Maroc, Hassan II, est enlevé en plein Paris. Par qui ? Où se trouve son corps ? C’est tout l’enjeu de l’enquête judiciaire, toujours en cours en France.

    Les 22 et 23 octobre 2007, alors que Nicolas Sarkozy est en voyage officiel au Maroc, France 3 fait le point sur l’enquête Ben Barka. Et révèle que le juge d’instruction français en charge du dossier, Patrick Ramaël, a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre de cinq dignitaires marocains, dont le général Benslimane, chef de la gendarmerie royale et un certain Miloud Tounzi, identifié comme étant le fameux Larbi Chtouki, le principal organisateur de l’enlèvement de Ben Barka, condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en 1966 lors d’un procès à Paris.

    Le journaliste de France 3, Joseph Tual, qui enquête sur l’affaire Ben Barka depuis plus de vingt ans, rappelle également dans les deux sujets l’existence d’une ancienne prison secrète à Rabat, baptisée PF3. Ce serait là que Ben Barka pourrait être enterré, ainsi que près de 250 opposants au régime, notamment des étudiants de grandes familles marocaines. Selon nos informations, la justice française aurait même demandé une surveillance satellitaire afin de s’assurer que le terrain vague d’aujourd’hui, propriété de la gendarmerie royale marocaine, reste en l’état, à défaut pour la justice française de pouvoir se rendre sur place pour faire des fouilles. Un sujet très sensible. La preuve ? Pour avoir filmé ce centre de détention secret, Tual est désormais indésirable sur le sol marocain.

    Article de Maroc hebdo sur Joseph Tual.

    « La prison PF3, c’est le tabou absolu, assure Tual, contacté par Arrêt Sur Image. Tous mes ennuis partent de là ». Des ennuis ? Au lendemain de la diffusion de ces deux reportages, le journaliste fait l’objet de nombreuses attaques de la presse marocaine, comme l’a rappelé Le Point. Le quotidien Assabah le qualifie d’« agent des services secrets algériens ». Tual le fera condamner pour diffamation. Maroc Hebdo International va plus loin et publie un article intitulé « Profession fouille merde », toujours en ligne, dans lequel on peut lire des retranscriptions d’une conversation entre Tual et l’un des cinq Marocains sous mandat d’arrêt, Miloud Tounzi.

    D’après les retranscriptions de cette conversation téléphonique qui s’est tenue le 19 octobre 2007, Tual prévient Tounzi qu’il va faire l’objet d’un mandat d’arrêt dans quelques jours et il lui suggère de quitter le territoire marocain car sa vie serait en danger. Un extrait de la conversation pour le moins gênant pour le journaliste de France 3 : cela sous-entend qu’il est de mèche avec le juge d’instruction.

    A la suite de la publication de cet article, Tual dépose plusieurs plaintes. En 2008, le directeur de la publication de Maroc Hebdo, Mohamed Selhami, est condamné pour injure publique. En 2009, Tual porte également plainte pour « atteinte au secret des correspondances » et « atteinte à l’intimité de la vie privée », la conversation n’ayant pas vocation être rendue publique. A l’époque, Tual assure à l’AFP que cette conversation a été « tronquée » et que ses propos ont été « dénaturés afin de manipuler l’opinion ». C’est ce volet de l’affaire qui vient d’être examiné par le tribunal correctionnel de Paris.

    Une nouvelle étape judiciaire qui s’inscrit dans une longue liste de procès opposant Tual et Tounzi, lequel a lui aussi porté plainte contre le journaliste notamment pour atteinte à la présomption d’innocence et injure publique. Jusqu’à présent, Tual a toujours gagné tous ces procès.

    L’avocat de Maroc Hebdo, payé par les renseignement marocains?

    Ces procès auraient un objectif bien précis : « Le but du jeu est de me déstabiliser, de me mettre la pression », nous assure Tual. Qui précisément ? Des documents diffusés dans le cadre du Wikileaks marocain, dont Arrêt Sur Image a déjà parlé, apportent peut-être un début de réponse. Celui qui se fait appeler Chris Coleman a publié des documents attestant que l’avocat de Maroc Hebdo est payé par… les services de renseignement marocains, visiblement bien décidés à mener la vie dure au journaliste de France 3.

    Note de frais du cabinet Normand & Associés sur la facture de Me Bosselut a/s de Miloud Tounzi.

    Parmi ces documents, figure notamment une note de frais d’avocat en date du 27 décembre 2011, adressée par le cabinet d’avocats Normand & Associés à Yassine Mansouri, directeur de la DGED, les services secrets marocains. Ces frais d’avocat s’élèvent à 3 900 euros et mentionnent une « facture de Me Bosselut ». Bosselut ? C’est précisément l’avocat de Maroc Hebdo dans l’affaire contre Tual, déjà en cours d’instruction en 2011.

    Le document est-il authentique ? Après vérification des données du fichier PDF, il semble que ce document n’ait pas été trafiqué. En revanche, plusieurs interrogations demeurent : pourquoi le cabinet d’avocat Normand & Associés aurait-il édité une telle facture alors qu’aucun de ses avocats n’a travaillé pour Maroc Hebdo dans les multiples affaires judiciaires qui opposent Tual, Maroc Hebdo et Tounzi ? Pourquoi Me Bosselut apparaît-il sur ses factures alors qu’il ne travaille pas pour le compte de Normand & Associés ? Le cabinet Normand & Associés sert-t-il ici de paravent pour brouiller les pistes afin de masquer les liens entre Bosselut et les renseignements marocains ?

    Détail supplémentaire : l’avocat Ralph Boussier, dont la signature figure au bas de la note d’honoraires de Normand & Associés, est « l’un des membres du collectif d’avocats franco-marocains qui représentent le royaume chérifien », dixit RFI. C’est lui qui est monté au créneau en début d’année, au nom du patron de la Direction générale de la surveillance du territoire marocain (DGST), Abdellatif Hammouchi.

    Accusé de tortures notamment par un militant sahraoui qui a reçu le soutien d’une ONG française, Hammouchi a mandaté Boussier pour porter plainte pour dénonciation calomnieuse en France. Voilà pour la connexion Boussier-Maroc. De là à considérer que le document Normand & Associés est crédible et n’est pas un faux…

    Contacté par Arrêt Sur Image pour savoir si ce document était authentique, le cabinet Normand & Associés a vérifié le numéro de dossier (20071097) figurant sur la note d’honoraires. « A priori, ça ne vient pas de chez nous », nous a-t-on dit au bout de quelques minutes. L’avocat Ralph Boussier, dont la signature figure au bas de cette note d’honoraires, n’était pas disponible à l’heure où nous publions cet article. Tout comme Me Rodolphe Bosselut, l’avocat de Maroc Hebdo.

    Sébastien Rochat
    Source : Arrêt sur images

    Arrêt Sur Image, 18/12/2014

    #Maroc #Joseph_Tual #France3 #DGED #Maroc_Hebdo #Yassine_Mansouri #Miloud_Tounzi #Me_Bosselut #Normand_&_Associés

  • المغرب : جبروت تفضح بذخ العائلة المالكة 

    Tags :المغرب  العائلة المالكة محمد السادس  التبذير  البذخ الترف   

    إن الأزمة الاقتصادية لا تمنع أفراد العائلة الملكية من القيام بنفقات باذخة. ففي سنة 2012 ، أمرت شقيقة محمد السادس، الأميرة للا مريم، سفير المغرب لدى الأمم المتحدة بجنيف، عمر هلال، بأن يشتري لها “40 قارورة” من مستحضر استحمام خاص من علامة “هنري شينو*”. كما أن المخزن لا يبالي بحجم الإنفاق عندما يتعلق الأمر بدفع مئات الآلاف من اليورو لتأمين عطلات أحلام في مراكش لشخصيات سياسية وإعلامية غربية، وكل ذلك فقط لشراء صمتهم أو تواطؤهم فيما يتعلق باستعمار الصحراء الغربية.

    بناءاً على تقارير تقول جبروت أنها حصلت عليها من داخل القصر الملكي فضحت بذخ المقتنيات الملكية وطرحت تساؤلات عميقة حول التفاوت الطبقي، حيث قامت الأميرة المغربية خديجة باقتناء زوج من الأقراط من متجر بيركوس بابي* الإيطالي الشهير بسعر خيالي يصل إلى 75,000 يورو، ضمن باقة مجوهرات تمينة تزن قرابة 5 كيلوغرامات وتتجاوز قيمتها 8 مليون يورو.

    هذا الترف الباذخ يأتي في وقت يواجه فيه قطاع عريض من الشعب المغربي تحديات اقتصادية قاسية، حيث تصارع الأسر لمواجهة غلاء المعيشة وارتفاع أسعار المواد الأساسية، مما يخلق مفارقة صارخة بين بريق الجواهر الكريمة ومعاناة المواطن البسيط في تأمين لقمة العيش، ويضع الإنفاق الرسمي تحت مجهر النقد الشعبي الذي يطالب بتركيز الثروات على التنمية والعدالة الاجتماعية.

    *Henri Chenot 

    *Percossi Papi

    المغرب  #العائلة_المالكة #محمد_السادس  #البذخ_التبذير#  

  • Le Monde : L’absence remarquée de Mohammed VI ravive les interrogations sur sa santé

    Absent de toute apparition publique depuis l’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations, organisée au Maroc depuis le 21 décembre, le roi Mohammed VI a laissé la scène au prince héritier Moulay Al-Hassan, présent lors des temps forts du tournoi. Une situation inhabituelle, selon Le Monde alors que la CAN constitue un enjeu majeur de prestige et de soft power pour le royaume, à l’approche du Mondial 2030.

    Face aux spéculations, un communiqué de son médecin personnel a évoqué des douleurs lombaires sans gravité nécessitant repos et traitement. Si cette explication médicale a temporairement clos les rumeurs, la santé du souverain, âgé de 62 ans et déjà fragilisée par plusieurs interventions chirurgicales, continue d’alimenter les interrogations.

    Pour les observateurs, cette séquence s’inscrit dans une communication soigneusement maîtrisée, mettant en avant le prince héritier dans un rôle symbolique, sans pour autant préparer une transition politique imminente.

    #Le_Monde #Maroc #absence #maladie #Mohammed_VI #CAN_2025 #Coupe_d_Afrique_des_Nations

  • Maroc Leaks : Pour le titre de séjour de sa fille, Mezouar demande l’aide de son homologue français

    Le coup de main de Fabius à son homologue marocain Mezouar pour sa fifille qui galère…

    23 décembre 2014

    Le 28 mars 2014, apprend-on, en googlisant les ministres français et marocains des Affaires étrangères en quête d’une photo officielle qui les réunirait, Laurent Fabius a présenté ses excuses à son homologue, Salaheddine Mezouar, victime d’un pénible contrôle d’aéroport à Roissy malgré son rang et son passeport. L’anecdote, pour significative qu’elle pût être des préjugés régnant dans le personnel au sol des aéroports français, ne sert ici qu’à introduire un document mis en ligne par une “source”, via twitter.

    La source en question, qui se fait appeler “Chris Coleman”, a lâché déjà de nombreux documents. Impliquant des journalistes français, accusés en somme de se faire payer des articles complaisants pour le royaume chérifien, publiés en marge de leurs activités et employeurs officiels par des sites et parutions sans lecteurs, contreparties de sujets, eux aussi favorables au royaume, produits via leurs employeurs et leurs supports, qui eux ont de l’audience. Traduction : contre un reportage bienveillant – en particulier à propos de la douloureuse question Sarahouie – sur une grande chaîne ou dans un grand journal, les journalistes reçoivent commande d’un article “touristique”, que personne ne lira, perdu sur le web ou dans quelques revue pour salle d’attente institutionnelle à égayer, mais qui leur sera payé en dehors de tous les barèmes connus.

    À la marge, si on peut dire, certains de ces documents établissent des liens entre barbouzes et dignitaires marocains et des diplomates américains, des lobbystes pro-israéliens… de quoi nourrir les débats virtuels.

    Coleman voudrait donner à penser qu’il agit sur ordre des services algériens, en vue de déstabiliser et affaiblir le Maroc, l’Algérie étant supposée soutenir le Front Polisario adversaire des Marocains, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Ainsi joue-t-il, mêlant documents authentiques et d’autres aux origines douteuses. Les vérifications se révélant de fait parfois impossibles, tant les “méta-données” peuvent subir de “corrections”. Un document word ou un email seraient, par exemple, particulièrement aisés à anti-dater.

    Mis en circulation sur les réseaux sociaux, ces documents n’ont pas manqué de susciter moult intérêts, relais, contestations. Les journalistes sont tout prêts à s’émouvoir de ce type de pratiques, mais, s’agissant de dénoncer des confrères, ils sont étonnamment friands de preuves, de recoupements et d’authentifications…

    La Toile et ses réseaux dits sociaux fourmillent de tweets et de partages au sujet des révélations de Coleman. On se répond, se met en cause, déniche des “preuves”. Citoyens, trolls, militants, journalistes. Aussi Mediapart a-t-il fini par se pencher sur le sujet (ICI, pour les abonnés). Séparant les bonnes graines d’infos vérifiées de l’ivraie des rumeurs séduisantes. Ou à peu près.

    Car si ce site permet à quelques journalistes d’effectivement pouvoir mener à terme et diffuser à grande échelle certaines épineuses enquêtes, il lui arrive aussi de servir à noyer – pour le tuer – un poisson empoisonnant. On songe ici au récent, étonnant, vaseux et sous étayé article consacré à la possibilité que Pierre Péan ait pu essayer de faire acheter son silence par le pouvoir gabonais. Article qui, d’expérience françafricaine, ne pouvait servir qu’à enfumer, proposer des pistes bidons, conjecturer inutilement des impossibilités fondamentales : de quoi discréditer possiblement Péan et donc amoindrir, folkloriser, relativiser, compliquer et donc perdre son propos et son livre sur l’Ali fils d’Omar qui dirige l’émirat bongolien.

    Cette fois, Mediapart semble de bonne foi.

    À ceci près : pourquoi une information aussi importante que celle qui suit est-elle “perdue” dans la (fidèle) recension d’une affaire Coleman aux dimensions premières journalistiques ?

    Question autrement formulée : pourquoi une telle information ne fait-elle pas l’objet d’un article en soi ? Voici comment Mediapart présente un des documents :

    “Dans le cas des documents mis en ligne par Chris Coleman, certains sont incontestablement authentiques, et tendent à prouver qu’il y a bien eu piratage, du fait qu’ils portent sur des faits connus, comme les photos du mariage d’une ministre ou celle du passeport du ministre des affaires étrangères Mezouar.

    D’autres documents officiels sont cohérents au niveau des métadonnées et semblent, dans leur présentation, authentiques. Ainsi, Chris Coleman a diffusé deux lettres envoyées par Laurent Fabius à son homologue marocain. Dans l’une, datée du 20 novembre 2013, il explique être intervenu à sa demande auprès de l’administration du travail, pour faciliter l’obtention par sa fille d’une autorisation de travail en France.”

    Personne ne doute que la pratique, le coup de main, l’accélérateur de formalités, soit répandue bien au-delà de la Françafrique. Et Fabius et son collègue marocain ne sont ici que les dindons dévoilés d’une farce généralisée. Ce qui surprend, c’est que les tombeurs de Cahuzac banalisent en l’enfouissant dans une à peine compréhensible affaire un de ces documents grâce auxquels habituellement ils font le buzz.

    Relativement au même ministre français – dont la rumeur web prétend qu’il serait malade -, nous nous permettrons de proposer à Mediapart une autre affaire, un autre “fait” intéressant.

    À ce qui se raconte, en 2013, la même année donc, la CPI aurait été sur le point, faute d’éléments dans le dossier, de libérer le dernier président ivoirien élu, Laurent Gbagbo. L’apprenant – n’oublions pas que l’avocat de Ouattara est un proche de Hollande (et de Mediapart) -, Laurent Fabius, en tout point solidaire des précédents gouvernements français (et proche de Mme Ouattara), se serait dépêché de profiter d’un déplacement aux Pays Bas pour passer à La Haye et faire en sorte que la CPI finalement garde Gbagbo dans ses geôles.

    Texte / Louis Fall (feat G.P.)

    ARSO, 18/12/2014

    #Maroc #Marocleaks #hacker_Chris_Coleman #Salaheddine_Mezouar #Laurent_Fabius

  • Maroc Leaks: Le monde vu à travers le prisme du Sahara Occidental

    Un « Wikileaks marocain » qui secoue le pouvoir
    IGNACIO CEMBRERO
    15 DÉCEMBRE 2014

    Depuis deux mois, un faux profil met en ligne sur Twitter les secrets du royaume. Gouvernement et partis politiques n’osent ni analyser ni débattre des conséquences du piratage de milliers de câbles de la diplomatie marocaine.

    En apparence il n’est pas très professionnel, et pourtant il a réussi à mettre sens dessus dessous les autorités du pays réputé le plus stable de l’Afrique du Nord : le Maroc. Depuis le 2 octobre, un profil anonyme (@chris_coleman24)1 distille sur Twitter des centaines de câbles de la diplomatie marocaine, de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) — l’équivalent marocain de la Central Intelligence Agency (CIA) américaine ou de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française — et aussi des courriels d’hommes de presse apparemment proches. Il a même mis en ligne des photos privées, comme celles du mariage de la ministre déléguée auprès du ministre des affaires étrangères, Mbarka Bouaida, qui n’ont guère d’intérêt.

    Tout cela est déversé sur le réseau dans le désordre le plus total — certains documents sont même mis en ligne trois fois — et dans les formats les plus divers. Celui qui se fait passer pour Chris Coleman, l’entraîneur de la sélection de football galloise, a commencé son déballage sur Facebook. Sa page a été fermée. Il a alors émigré sur Twitter, mais son compte a subi le même sort jusqu’à ce qu’il parvienne à convaincre l’entreprise de le rouvrir.

    Ses tweets renvoyaient à des documents mis en ligne sur des sites de stockage et de partage de fichiers tels Dropbox, Mediafire ou 4Shared, mais sur ces supports, ses comptes ont été clôturés.«  C’est vrai que depuis quelques jours, le Makhzen2 a multiplié ses menaces pour me décourager  », se plaignait-il sur Twitter.«  Il a mobilisé d’importantes ressources, notamment financières, pour empêcher la diffusion des informations  », ajoutait-il, tout en promettant de continuer à se battre au risque de sa vie. Les métadonnées qui accompagnent ses tweets donnent à penser qu’il est au Maroc, mais il se peut qu’il ait réussi le tour de force de tromper Twitter sur l’endroit où il se trouve.

    UN ÉTAT FÂCHÉ AVEC LES NATIONS UNIES

    Ce jeu du chat et de la souris démontre à quel point celui qui se cache derrière ce profil anonyme est, en apparence, aux antipodes du professionnalisme d’un Julien Assange, l’homme qui avait défié les États-Unis en 2010 en divulguant, avec la collaboration de quatre grands médias, 250 000 télégrammes du département d’État américain.

    Dans un de ses rares commentaires, «  Chris Coleman  », qui affiche ses sympathies pour l’indépendantisme saharaoui, a expliqué que son but était de «  déstabiliser le Maroc  ». Il n’a certes pas réussi à le faire, mais malgré son amateurisme sur les réseaux il a secoué le Makhzen.

    La qualité du matériel mis en ligne y est pour quelque chose. On y découvre un État marocain fâché avec le secrétariat général des Nations unies et dont les rapports sont également tendus avec le département d’État américain. Par exemple, le Maroc refuse depuis mai 2014 la prise de fonctions à El Aaiun de la canadienne Kim Bolduc, nommée à la tête de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), le contingent de l’ONU déployé dans cette ancienne colonie espagnole.

    Rabat met aussi constamment des bâtons dans les roues de la mission de l’américain Christopher Ross, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon au Sahara, un médiateur sourcilleux sur les droits humains et dans le fond favorable à l’octroi de l’autonomie à ce territoire pour résoudre le conflit. Dans un câble d’Omar Hilale, alors ambassadeur marocain auprès des Nations unies à Genève, il est décrit comme un alcoolique, devenu maladroit avec l’âge (il a 71 ans), qui n’arrive même pas à mettre sa veste tout seul.

    Le clou des révélations est sans doute l’accord verbal secret conclu en novembre 2013 à la Maison-Blanche entre le président Barack Obama et le roi Mohammed VI. Les États-Unis y renonçaient — comme ils l’avaient fait en avril de cette année — à demander au Conseil de sécurité l’élargissement du mandat de la Minurso pour qu’elle puisse s’occuper des droits humains, mais obtenaient en échange trois concessions. Le Maroc arrêtait d’abord de faire juger les civils par des tribunaux militaires  ; il faciliterait ensuite les visites au Sahara des fonctionnaires du Haut Commissariat aux droits de l’homme et légaliserait les associations sahraouies indépendantistes comme le Collectif sahraoui des défenseurs des droits de l’homme (Codesa) du militant Aminatou Haidar. Sur ce dernier point, il n’a pas encore tenu promesse.

    Si les rapports du Maroc sont plutôt mauvais avec le secrétariat général de l’ONU, ils sont en revanche bien meilleurs avec les deux instances onusiennes que sont le Haut Commissariat aux droits de l’homme et le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), tous deux à Genève. La diplomatie marocaine a su s’y faire des amis parmi les hauts fonctionnaires qui la renseignent sur les initiatives de ses adversaires et l’aident même à faire avorter ou à dénaturer leurs projets. Pour exemple, le séjour presque clandestin à Genève, en 2012, de Mohamed Abdelaziz, le leader du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique3

    Quant aux agents de la DGED et à leurs collaborateurs, ils parviennent, moyennant finance, à ce que des journalistes et des think-tanks français, américains et même italiens produisent des articles et des analyses favorables aux thèses du Maroc et préjudiciables à l’Algérie et au Front Polisario qui revendique, depuis 1973, l’indépendance du Sahara occidental. La DGEDs’emploie aussi, à travers des intermédiaires, à séduire le lobby juif aux États-Unis dans l’espoir qu’il pèsera auprès de l’administration Obama pour qu’elle soit plus compréhensive avec les thèses marocaines sur le Sahara. On apprend également qu’Israël et le Maroc maintenaient, du moins en 2011 et 2102, un dialogue politique permanent.

    La lecture de centaines de câbles montre, en définitive, une diplomatie marocaine qui voit le monde à travers la lorgnette du Sahara. Ce bout de désert est partout, dans les réunions du Conseil d’association avec l’Union européenne, dans les visites ministérielles en Europe ou dans les relations avec des pays aussi lointains que le Paraguay. Cette «  monomanie  » saharienne fait que le Maroc s’intéresse peu à d’autres débats qui traversent la planète. Il ne s’en mêle que s’il peut en tirer un profit pour ce que les diplomates marocains appellent la «  question nationale  ».

    AUCUNE RÉACTION OFFICIELLE

    Chris Coleman et ses tweets ont été, ces dernières semaines, dans toutes les conversations de couloirs du Parlement de Rabat, dans les cafés que fréquentent les fonctionnaires haut placés, dans les cocktails diplomatiques. Il n’y a eu, cependant, aucune explication publique du gouvernement sur cette faille dans le système de communication, ni sur l’enquête qui serait en cours ou sur ses conséquences politiques. L’opposition n’a pas, elle non plus, jugé utile d’interpeller l’exécutif.

    La presse, elle, est dans sa grande majorité passée en pointillés sur l’affaire, reprenant souvent la thèse de Mbarka Bouaida pour qui, derrière ce faux profil, se cachent des «  éléments pro-Polisario  » ayant agi avec l’appui de l’Algérie. Plus de deux mois après les premières fuites, le ministre des affaires étrangères, Salaheddine Mezouar au Sénat et le porte parole du gouvernement Mustapha El-Khalfi devant la presse lui ont emboîté le pas : «  C’est une campagne enragée, orchestrée par des adversaires, visant à porter atteinte au Maroc, à son image et à sa puissance  ».

    Cette politique de l’autruche d’un gouvernement et d’une classe politique qui ne veut pas — qui n’ose pas — discuter de ce Wikileaks à l’échelle marocaine, marque aussi la différence avec les États-Unis qui, fin 2010, ont enquêté et se sont exprimé publiquement sur les répercussions de cet énorme déballage pour leur politique étrangère et leur image dans le monde. Le Maroc ne s’est pas risqué à cet exercice.

    Le pouvoir exécutif marocain n’est pas assez sûr de lui : il se sent trop harcelé sur «  son  » Sahara pour en débattre sur la place publique. Les quelques revers diplomatiques qu’il a subis lui font oublier que les poids lourds de la communauté internationale, à commencer par les États-Unis, souhaitent que l’autonomie soit la solution accordée pour mettre un terme à un conflit qui dure depuis 39 ans. Cela fait plusieurs années qu’ils le disent, tout comme l’Élysée et les successifs gouvernements de l’Espagne, l’ancienne puissance coloniale. L’indépendance du Sahara, craint-on, signifierait la déstabilisation du Maroc, ce dont personne ne veut en Europe ou en Amérique.

    Pour que l’offre marocaine d’autonomie aille de l’avant il faut cependant qu’elle soit crédible. Cela veut dire avant tout que Rabat doit arrêter de bastonner — ou pire d’emprisonner — ceux qui prônent l’autodétermination du Sahara et sortent dans la rue à Smara, Dakhla ou Laayoune pour la revendiquer.

    Ce message avertissant des conséquences néfastes d’une répression disproportionnée est transmis, de temps en temps, aux Marocains par leurs interlocuteurs occidentaux, à commencer par Christopher Ross, d’après les câbles consultés. Il a même été repris à demi-mot, en janvier 2014, par Driss El-Yazami, président du Conseil national des droits de l’homme créé en 2011, lors d’une discussion à Rabat sur la mise en œuvre de l’accord secret de Washington, selon un compte-rendu de cette réunion. Mais le message ne passe pas. Rabat fait la sourde oreille.

    IGNACIO CEMBRERO

    1NDLR. Le nom de ce compte est « Le Makhzen », c’est-à-dire en langage familier au Maroc, l’État et les institutions régaliennes.

    2Voir note 1.

    3NDLR. RASD, République proclamée par le Front Polisario en 1976, reconnue par l’Union africaine mais pas par l’ONU.

    Source : Orient XXI

    #Maroc #Sahara_Occidental #Front_Polisario #ONU #Christopher_Ross #Kim Bolduc #MINURSO #Marocleaks #hacker_Chris_Coleman

  • Maroc : Mohammed VI vend les biens de sa mère pour tourner la page de son mariage avec le garde du corps de son père

    La famille royale du Maroc a décidé de vendre les biens immobiliers de luxe appartenant à la mère du roi Mohammed VI, Lalla Latifa, dans la capitale française, Paris.

    Il s’agit, selon le site français Africa Intelligence, de trois biens immobiliers d’exception dont la valeur totale est estimée à environ 30 millions d’euros. Des professionnels du secteur confirment que cette opération est devenue un sujet de discussion majeur dans les cercles de l’immobilier haut de gamme à Paris.

    Parmi ces propriétés figure en premier lieu un hôtel particulier situé sur le boulevard Maurice Barrès, dans le quartier huppé de Neuilly-sur-Seine, à proximité du bois de Boulogne et des représentations diplomatiques.

    Le bâtiment se compose de quatre étages transformés en hôtel particulier, pour une superficie totale de 1 325 m², dont 569 m² consacrés aux chambres. Il dispose de vastes balcons et d’une terrasse sur le toit offrant une vue sur la Fondation Louis Vuitton, ce qui lui confère une valeur exceptionnelle sur le marché de l’immobilier de luxe.

    Le bien comprend huit suites de grand standing, chacune dotée de sa propre salle de bains, ainsi qu’un salon au rez-de-chaussée au design inspiré de l’art du moucharabieh. Les deux niveaux en sous-sol abritent une piscine, un hammam traditionnel, une salle de sport et des décorations en mosaïque réalisées à la main. Son prix est estimé à environ 20 millions d’euros, selon les agences Barnes et Engel & Völkers.

    Ainsi, donc, le roi Mohammed VI tourne une page noire de sa vie: Le mariage de sa mère avec le garde du corps de son père, Mohamed Mediouri. Après l’avoir confiné au palais royal, Mohammed VI lui a autorisé à faire sa nouvelle vie mais loin du Palais royal, à condition de respecter le principe de la discrétion.
    Le jour où Mediouri a violé cette condition en se rendant à Marrakech, il a été victime d’une agression. Il affirme avoir été victime d’une tentative d’assassinat à Marrakech et a déposé une plainte auprès de la police locale. Selon le site Le360, réputé proche des milieux sécuritaires et du pouvoir, il aurait été agressé par un groupe d’individus dont l’un était armé.

    Mediouri a choisi de porter plainte officiellement au lieu de passer par des canaux sécuritaires internes, ce qui suggérerait une peur réelle pour sa vie. L’incident évoque l’hypothèse d’un message d’intimidation adressé au beau-père du souverain marocain.

    Selon le journaliste Jean-Pierre Tuquoi, Mediouri aurait été chargé en 1983 de la torture et de l’assassinat du général Ahmed Dlimi, soupçonné de préparer un coup d’État. Dlimi aurait aussi découvert une liaison intime entre Mediouri et Lalla Latifa, épouse de Hassan II, ce qui aurait précipité son élimination.
    En 2006, le journaliste marocain Ali Lmrabet avait révélé dans le journal espagnol El Mundo que Lalla Latifa avait été isolée dans un palais sur ordre de Mohammed VI pour mettre fin à sa relation avec Mediouri. Le numéro a été interdit au Maroc.

  • France : le budget français de 2026 menace de dissolution du Parlement et élections anticipées

    Le budget de la France pour 2026 est toujours bloqué à ce jour, alors qu’il aurait dû être adopté « constitutionnellement » avant le début de la nouvelle année. Des indications laissent même penser que le pays pourrait rester sans budget durant le premier trimestre de l’année en cours.

    La ministre française du Budget, Amélie de Montchalin, a averti ce dimanche de la possibilité de reporter l’adoption du projet de loi de finances pour 2026 à après les élections municipales prévues en mars prochain, si les députés de l’Assemblée nationale française (le Parlement) renversent le gouvernement de Sébastien Lecornu par une motion de censure la semaine prochaine.

    Amélie de Montchalin a déclaré, dans une interview accordée à France Télévisions : « Si le gouvernement tombe, je peux vous confirmer qu’il ne sera pas possible d’adopter le budget avant les élections municipales. »

    Les déclarations de Mme de Montchalin interviennent après la circulation d’informations faisant état d’une décision potentielle du président français, Emmanuel Macron, de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections anticipées si l’opposition parvient à faire tomber son gouvernement par un vote de censure. Dans ce contexte, le journal français Le Monde a révélé, citant une source gouvernementale, que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, d’étudier les préparatifs en vue de l’organisation d’élections législatives anticipées en même temps que les élections municipales prévues les 15 et 22 mars prochains. Cette initiative fait suite à l’annonce du Rassemblement national et de La France insoumise de déposer deux motions de censure distinctes contre le gouvernement, qui seront examinées mardi et mercredi.

    Les dissensions politiques continuent d’ébranler successivement les gouvernements français depuis plus d’un an, dans un contexte de crise financière croissante et d’incapacité à faire adopter le budget 2026 dans les délais impartis, ce qui a conduit à l’adoption d’une loi spéciale afin de garantir la continuité du fonctionnement de l’État et des administrations publiques.